Focus sur Drop de Béton – "Le rugby, outil d'insertion sociale"
Buzz Rugby vous fait découvrir une autre facette de la planète Ovalie avec l’association Drop de Béton.
Jean Claude Lacassagne, président de l’association depuis 97 a répondu à nos questions
Bonjour, pouvez-vous vous présenter et présenter l’association à nos internautes ?
Jean-Claude Lacassagne, président de l’association Drop de Béton, lotois d’origine et mérignacais d’adoption. Je suis retraité de la fonction publique d’état et j’aurai 65 ans à la fin de cette année. Evidemment passionné de rugby que j’ai pratiqué dans ma jeunesse mais que des incidents de vie ne m’ont pas permis de poursuivre comme je l’aurais souhaité.
Drop de Béton est le fruit
d’une réponse apportée à un constat que nous avions fait avec Yves Appriou, alors entraîneur du club de Mérignac lorsque j’en étais le secrétaire général. Nous regrettions le fait que bien trop de jeunes issus des quartiers défavorisés ne fréquentaient pas les écoles de sport et pour ce qui nous concernait l’école de rugby. Nous avons donc décidé de mettre en œuvre une stratégie d’une simplicité flagrante qui consistait à dire « puisqu’ils ne viennent pas à nous, c’est nous qui allons aller à leur rencontre, sur leurs lieux de vie. C’est ainsi que, en avril 1994, la première opération de ce type a été réalisée dans une cité de Mérignac. Les entraîneurs de l’équipe première, des joueurs munis du matériel adapté (sacs de plaquages, boucliers, ballons, maillots de l’école de rugby, mini-poteaux, …) ont initié au rugby, sur une aire herbeuse, préalablement sécurisée, au pied même des immeubles, une quarantaine de jeunes, garçons et filles, mobilisés après une courte campagne promotionnelle effectuée avec la complicité des concierges. Ces opérations ont été renouvelées avec toujours autant de succès et nous avons pu constater des évolutions comportementales très intéressantes chez certains de ces jeunes. C’est ainsi que nous avons pensé qu’avec le rugby, nous étions dotés d’un outil extraordinaire d’insertion sociale qui n’avait pas été ou très peu utilisé jusqu’alors. Nous avons également très vite acquis la conviction que cette action ne pouvait avoir de résultats que dans la régularité et dans la durée. Il nous est également apparu extrêmement important de proposer à tous les acteurs œuvrant dans ce secteur (socioculturel, éducation nationale, PJJ, collectivités, autres associations, clubs, …) de participer à cette démarche dans le cadre de projets partagés. Cela n’a pas été forcément facile mais aujourd’hui nous travaillons avec pratiquement tous ces acteurs et nous sommes des interlocuteurs connus et reconnus de tous.
Des actions ponctuelles à l’origine de notre démarche nous sommes progressivement passés à des interventions quotidiennes effectuées tout au long de la journée selon la disponibilité et les modalités d’intervention de nos interlocuteurs. Nos actions se sont également diversifiées traduisant ainsi les réponses que nous avons tenté d’apporter à tout ce que nous avons pu observer au cours de ces années d’actions : intervention dans le domaine de l’hygiène, de la santé et de la nutrition, importance donnée à la pratique féminine (création des Melting Drop), handisport (création de la section de rugby fauteuil) et sport adapté, accompagnement à l’insertion professionnelle, investissement dans le développement durable.
Aujourd’hui, l’association compte 8 salariés, un directeur (mis à disposition par la Caisse des Dépôts et Consignations), 2 agents de développement (essaimage du concept et communication) et 5 éducateurs auxquels il convient d’ajouter un noyau dur d’une dizaine de dirigeants bénévoles dont l’investissement est proche d’un temps complet.
Quels sont vos objectifs et vos projets ?
L’objectif essentiel est de stabiliser et de consolider ce que nous faisons et savons faire. C’est un objectif qui concerne toute l’équipe, les salariés, comme les bénévoles. Chacun d’entre nous, quel que soit son statut, doit faire preuve de militantisme. Il s’agit en effet d’assurer la pérennité de la structure, ce qui, dans la période actuelle n’est pas chose aisée alors que justement les effets de cette situation rendent encore plus indispensable l’action menée par Drop de Béton. Il conviendra donc de se battre encore plus dans la recherche de soutiens. De gagner en efficacité dans notre fonctionnement et d’améliorer encore la qualité de nos interventions. Il existe en effet des marges importantes de progression.
Cette recherche de qualité est en effet essentielle si l’on veut conserver notre crédibilité auprès de nos partenaires. Elle conditionne la réussite de notre démarche, comme elle est déterminante pour le succès de notre politique d’essaimage du concept de Drop de Béton. Une antenne de Drop de Béton va s’ouvrir dès le mois de septembre à Aulnay sous Bois, une autre devrait voir le jour avant la fin de l’année sur la rive droite de Bordeaux, d’autres contacts vont certainement aboutir assez rapidement. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est un challenge intéressant à relever et c’est bien dans l’esprit rugby car c’est l’équipe de Drop de Béton dans son ensemble qui do
it le relever.
Avez-vous des anecdotes ? des souvenirs ?
Chaque fois que j’assiste à une intervention dans un quartier, à une de nos manifestations, j’aurai une foule d’anecdotes à raconter. Le plaisir des jeunes, la joie manifestée, des réactions, les répliques savoureuses ne manquent pas. Toutefois, il en est une qui me reste toujours présente à l’esprit et que je trouve significative. Lors d’une séance de balle ovale avec une classe de CM1, Ronan, l’éducateur de DDB abordait le plaquage. Il s’attachait à préparer les participants à bien tomber sans se blesser. Je fus quelque peu surpris lorsque j’entendis un jeune garçon, dont j’appris qu’il jouait régulièrement dans un club huppé de football, s’écrier de manière très candide : « mais c’est la simulation ! ». Il m’expliqua par la suite que son «entraîneur» leur apprenait effectivement à simuler des fautes pour obtenir un coup franc ; à des gosses de 10 ans, les bras m’en tombaient.
Un bon souvenir, c’est d’avoir, après avoir réussi une mobilisation énorme, fait échouer une reconduite à la frontière, qui menaçait Dounia, une jeune fille d’origine marocaine qui avait découvert et apprécié le rugby lors des interventions de Drop de Béton. Elle jouit maintenant d’un titre de séjour permanent, est administratrice de Drop de Béton et joue avec les Melting Drop.
Quels retours avez-vous sur Drop de Béton ?
Au niveau des institutionnels, de nos partenaires, nous n’avons jusqu’à présent que d’excellents retours sur notre action. Certains des jeunes que nous avions rencontrés lors de nos interventions ont intégré la structure en qualité de dirigeants. Pourvu que ça dure ! Toutes les améliorations que nous tentons de mettre en place sont justement faites pour que cela continue.
Personnellement, cet investissement m’a beaucoup apporté. Il m’a ouvert les yeux et surtout le cœur sur le monde, tout près de chez moi. Il m’a également conforté sur la valeur de l’action sur le terrain, là où se passe le véritable combat à mener.
Plus les années passent et plus je suis convaincu que le rugby est la discipline sportive qui répond de la meilleure des façons et de manière la plus complète à la problématique abordée. Lorsque les éducateurs sont de qualité, (et il serait vraiment dommage qu’ils ne le soient pas avec un tel outil), aucun autre sport ne peut rivaliser.
Enfin, l’amitié, la solidarité dont fait preuve depuis sa création l’équipe de Drop de Béton, la volonté commune de parvenir aux objectifs fixés, correspondent parfaitement aux valeurs, dont tout le monde parle, mais n’applique pas toujours, du rugby.
(copyright buzzrugby)
le site web : http://www.com1site.com/drop/actualites.php




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